Selon un décret publié dimanche 3 mai au Journal officiel, les opérations de démantèlement de l’ancienne centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) devront être complètement achevées au plus tard le 30 juin 2048. EDF devra s’assurer que le terrain soit «au moins compatible avec une utilisation à des fins industrielles». Plusieurs projets de reconversion sont d’ailleurs déjà prévus, parmi lesquels une usine de recyclage de métaux très faiblement radioactifs.
Un nouveau chapître va s’ouvrir à Fessenheim (Haut-Rhin). Dans un décret publié dimanche 3 mai au Journal officiel, le gouvernement a autorisé EDF à procéder au démantèlement complet de l’ancienne centrale nucléaire. Mise en service en 1977, cette dernière abritait deux réacteurs de 900 MW, définitivement arrêtés en 2020. Depuis, l’énergéticien a déjà vidé les réacteurs de leur combustible, transféré les assemblages vers l’usine Orano de La Hague (Manche), retiré les principaux fluides dangereux et commencé la décontamination d’une grande partie des circuits. Mais le plus gros du travail reste à faire. Le décret, signé par le Premier ministre, le ministre de l’Économie et la ministre déléguée chargée de l’Énergie, permet ainsi de définir les modalités et le calendrier du démantèlement complet.
Les opérations prévues concernent l’ensemble de l’installation, c’est à dire l’îlot nucléaire, qui inclut les deux réacteurs, mais aussi l’îlot conventionnel, qui comprend notamment la station de pompage, les bâtiments d’entreposage des générateurs de vapeurs usés et des boues et les réservoirs de stockage des effluents. Quatre étapes se succéderont : tout d’abord le démantèlement en tant que tel, puis l’assainissement des structures et des sols, la démolition «des bâtiments jusqu’à une profondeur d’au moins un mètre» et enfin la réhabilitation du site. A la fin du chantier, qui devra être achevé «au plus tard le 30 juin 2048», le terrain devra être «au moins compatible avec une utilisation à des fins industrielles», précise le décret.
Un revirement total
L’avenir du site semble déjà tracé. EDF a prévu de construire sur place une usine de recyclage de métaux très faiblement radioactifs, qui devrait permettre de valoriser un gisement de métaux de l’ordre de 500 000 tonnes. Estimé à 450 millions d’euros et censé être inauguré en 2031, ce projet fait d’ailleurs partie des 67 premiers projets industriels stratégiques que le gouvernement souhaite voir accélérer «en mode Notre-Dame». Liebherr, fabricant de pelles et machines spéciales pour le secteur du BTP, ambitionne lui aussi de bâtir une usine à Fessenheim, et a même déposé un permis de construire en juin 2025. D’autres industriels pourraient se manifester à l’avenir face aux atouts du site, parmi lesquels des raccordements électriques puissants, un accès au grand canal d’Alsace et la proximité de l’Allemagne.
La fermeture de Fessenheim, promesse phare du quinquennat de François Hollande, tranche avec la nouvelle posture de l’exécutif vis-à-vis du nucléaire. Depuis le discours prononcé par Emmanuel Macron à Belfort, en février 2022, le gouvernement s’est engagé dans une sorte de nouveau plan Messmer, en mettant en avant les besoins de la France, tant du point de vue de la décarbonation que de celui de la souveraineté énergétique. La décision finale d’investissement concernant la construction de six premiers EPR2, chiffrée à 73 milliards d’euros, est attendue d’ici à la fin de l’année.
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