La filiale de médecine nucléaire du groupe Orano a inauguré son usine de pointe pour ses médicaments anti-cancéreux au plomb 212 à Onnaing, près de Valenciennes (Nord). Cet investissement de 29 millions d’euros permettra à Orano Med de commencer à produire dès mi-2027 des lots cliniques et d’assurer les futures productions pour la grande majorité de l’Europe.
L’industrialisation d’Orano Med continue de se déployer. La filiale biotechnologique du groupe français Orano, spécialiste des matières nucléaires, a inauguré le 2 octobre son ATlab, à Onnaing, près de Valenciennes (Nord). Une usine unique en Europe, et dont la seule équivalente dans le monde est implantée à Indianapolis (Etats-Unis), également sous les couleurs d’Orano Med. Désormais, la biotech dispose de deux usines de pointe en phase de qualification, programmées pour démarrer dès 2027 leurs premières productions. D’abord avec des lots cliniques, avant d’attaquer les lots commerciaux au début de la prochaine décennie.
Ces ATlab (pour «laboratoires d’alphathérapies») positionnent Orano Med parmi les pionniers industriels des radiothérapies internes vectorisées, cette classe de médicaments qui permet d’amener des molécules radioactives au plus près de tumeurs pour les détruire, directement dans le corps des patients. Aujourd’hui, seul le laboratoire suisse Novartis commercialise de telles solutions, en utilisant la bêtathérapie. Orano Med mise sur l’alphathérapie, avec un isotope différent, le plomb 212, et se classe comme l’un des plus avancés au monde dans ce segment. Il est même désormais opérateur du «premier site en Europe capable de produire des alphathérapies», se félicite Frédéric Desdouits, directeur général d’Orano Med.
24 heures entre la production et l’administration au patient
L’ATlab Valenciennes a nécessité un investissement de 29 millions d’euros, soutenu à hauteur de 3,8 millions d’euros par France 2030. Ce site représente, comme sa jumelle américaine, la dernière phase de la production de ces médicaments innovants et prometteurs dans de nombreux cancers. Les traitements d’Orano Med, injectables en intraveineuse, se composent d’un atome plomb 212, protégé par un chélatant, une sorte de cage moléculaire de protection, et d’un vecteur biologique permettant de détecter les tumeurs ciblées et de venir positionner le médicament à leur proximité immédiate. Le mécanisme permet alors d’irradier à pleine puissance et de détruire les cellules cancéreuses, en brisant leurs brins d’ADN, sans toucher les tissus sains.
Ce mode d’action nécessite une production très rapide. Car le plomb 212 ne dispose que d’une demi-vie d’à peine 11 heures. En somme, toutes les 11 heures, la radioactivité se réduit de moitié. Ce qui permet une élimination rapide du risque radioactif dans le corps mais n’offre qu’une fenêtre de tir très réduite pour conserver l’efficacité du médicament. Ces traitements d’Orano Med doivent donc être produits, transportés et injectés aux patients en 24 heures seulement. D’où cette implantation à Onnaing, à proximité de deux aéroports stratégiques en Europe, Roissy-Charles-de-Gaulle et celui de Zaventem en Belgique, permettant d’atteindre en 24 heures 70% de la population européenne. Aux Etats-Unis, l’ATlab d’Indianapolis se trouve juste à côté d’un hub permettant de couvrir toute l’Amérique du Nord sous 24 heures.
Sur environ 3000m² de superficie, l’ATlab Valenciennes combine des infrastructures de fabrication nucléaire et pharmaceutique. On y trouve un laboratoire d’extraction et de purification du thorium 228. Ce précurseur du plomb 212 est alimenté depuis le site d’Orano à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), où une très vaste usine de thorium 228 doit démarrer en 2026 pour assurer des approvisionnements plus conséquents. Ce précurseur passe par différentes colonnes d’extraction, sous isolateur blindé semi automatisé et équipé de boîtes à gants pour les opérateurs, pour obtenir le plomb 212, qui est ensuite purifié dans une colonne spécifique.
Le plomb 212 rejoint, par un système de tuyaux intégré au plafond, la partie formulation et répartition du médicament. Dans cette salle propre, également sous isolateur blindé, automates et opérateurs supervisent la formulation du plomb 212 avec le chélatant et le vecteur, et son remplissage aseptique en flacons. Après le passage dans le laboratoire de contrôle qualité, les flacons rejoignent la zone d’expédition dans des pots blindés, en tungstène.
Un bâtiment modulaire calibré pour des extensions de lignes de production
L’ATlab a permis la création de 25 postes, mais Frédéric Desdouits évoque «environ 40 salariés à terme», quand les opérations prendront de l’ampleur. D’abord avec la production de premiers lots cliniques, dès le deuxième trimestre 2027 pour de premiers essais cliniques prévus en Europe, et à «horizon 2032», estime le directeur général, pour les premières productions commerciales. Cette usine dispose de capacité de près de 10000 doses par an. «Nous commencerons avec 25 doses par jour, mais nous pourrions augmenter jusqu’à 200 doses par jour», affirme Romuald-Alexis Lejard, directeur du site. Car le bâtiment, décrit par Guillaume Porche, directeur du projet, comme «très modulaire, avec la moitié des surfaces disponibles» pourra être équipé de nouvelles lignes avec la montée en puissance ambitionnée des commercialisations.
Pour Orano Med, le défi consiste désormais à concrétiser le développement de son pipeline. Quatre programmes sont en en développement clinique. Le plus avancé concerne le médicament Alphamedix, avec le soutien de Sanofi dans le domaine des tumeurs neuroendocrines. Orano Med collabore aussi en partenariat avec Roche dans le cancer colorectal, avec Molecular Partners dans le cancer du poumon à petites cellules, ou en solo dans plusieurs cancers comme ceux du sein, de la prostate, ou encore du cerveau.
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